By León Leclère, also known as Tristan Klingsor
1. Asie
2. La Flûte enchantée
3. L'Indifférent
In English; my attempt at a translation has now undergone a facelift with some expert help: -
1. Asia
Asie, Asie, Asie. Vieux pays merveilleux des contes de nourrice Où dort la fantaisie comme une impératrice En sa forêt tout emplie de mystère. Asie, Je voudrais m'en aller avec la goëlette Qui se berce ce soir dans le port Mystérieuse et solitaire Et qui déploie enfin ses voiles violettes Comme un immense oiseau de nuit dans le ciel d'or. Je voudrais m'en aller vers des îles de fleurs En écoutant chanter la mer perverse Sur un vieux rythme ensorceleur. Je voudrais voir Damas et les villes de Perse Avec les minarets légers dans l'air. Je voudrais voir de beaux turbans de soie Sur des visages noirs aux dents claires; Je voudrais voir des yeux sombres d'amour Et des prunelles brillantes de joie En des peaux jaunes comme des oranges; Je voudrais voir des vêtements de velours Et des habits à longues franges. Je voudrais voir des calumets entre des bouches Tout entourées de barbe blanche; Je voudrais voir d'âpres marchands aux regards louches, Et des cadis, et des vizirs Qui du seul mouvement de leur doigt qui se penche Accordent vie ou mort au gré de leur désir. Je voudrais voir la Perse, et l'Inde, et puis la Chine, Les mandarins ventrus sous les ombrelles, Et les princesses aux mains fines, Et les lettrés qui se querellent Sur la poésie et sur la beauté; Je voudrais m'attarder au palais enchanté Et comme un voyageur étranger Contempler à loisir des paysages peints Sur des étoffes en des cadres de sapin Avec un personnage au milieu d'un verger; Je voudrais voir des assassins souriant Du bourreau qui coupe un cou d'innocent Avec son grand sabre courbé d'Orient. Je voudrais voir des pauvres et des reines; Je voudrais voir des roses et du sang; Je voudrais voir mourir d'amour ou bien de haine. Et puis m'en revenir plus tard Narrer mon aventure aux curieux de rêves En élevant comme Sindbad ma vieille tasse arabe De temps en temps jusqu'à mes lèvres Pour interrompre le conte avec art...
L'ombre est douce et mon maître dort Coiffé d'un bonnet conique de soie Et son long nez jaune en sa barbe blanche. Mais moi, je suis éveillée encor Et j'écoute au dehors Une chanson de flûte où s'épanche Tour à tour la tristesse ou la joie. Un air tour à tour langoureux ou frivole Que mon amoureux chéri joue, Et quand je m'approche de la croisée Il me semble que chaque note s'envole De la flûte vers ma joue Comme un mystérieux baiser.
Tes yeux sont doux comme ceux d'une fille, Jeune étranger, Et la courbe fine De ton beau visage de duvet ombragé Est plus séduisante encor de ligne. Ta lèvre chante sur le pas de ma porte Une langue inconnue et charmante Comme une musique fausse. Entre! Et que mon vin te réconforte... Mais non, tu passes Et de mon seuil je te vois t'éloigner Me faisant un dernier geste avec grâce Et la hanche légèrement ployée Par ta démarche féminine et lasse...
This fairly literal translation of the first poem was by me, but I have now been corrected considerably by an on-line liguist who wishes to remain anonymous - but I give my thanks anyway.
Asia, Asia, Asia.
Wondrous ancient land of nursery tales
Where fantasy sleeps like an empress
In her forest full of mystery.
Asia, I would like to take the schooner Which rocks this evening in the harbour Mysterious and solitary And which unfolds its violet sails Like an immense bird of the night in a golden sky. I would like to go to the isles of flowers While listening to the song of the strange sea On an old entrancing rhythm. I would like to see Damascus and the towns of Persia With their skylines of dainty minarets. I would like to see the beautiful silken turbans On black faces with white teeth; I would like to see the dark eyes of love With pupils full of joy And their skin tones the shade of oranges; I would like to see the velvet clothes And the dresses with long fringes. I would like to see pipes between the lips Completely surrounded by a white beard; I would like to see the eager sellers with their dubious looks; And the judges and ministers Who with a single movement bending forward their fingers Decree life or death according to their desire. I would like to see Persia, and India, and also China, The mandarins shading under their parasols, And their princesses with dainty hands, And their scholars who dispute On poetry and on beauty; I would like to linger at the enchanted palace And like a foreign traveller Contemplate at leisure the landscapes painted On canvas in pine frames With a figure in the middle of an orchard; I would like to see the assasins smiling about The headsman who cuts the neck of an innocent With their great curved Oriental sabre. I would like to see poor people and queens; I would like to see roses and blood; I would like to see death from love or hatred. And then return later To tell my story to those curious about dreams And raise like Sindbad my old Arabian teacup From time to time up to my lips To suspend the fairy tale artfully...